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Le temps passe, mais le mystère demeure entier. Près de huit mois après leur interpellation à Kinshasa, Emmanuel Ramazani Shadary et Aubin Minaku, deux figures majeures du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) et proches de l’ancien président Joseph Kabila, restent détenus dans des conditions entourées d’une profonde opacité. Ni leurs avocats ni leurs proches ne savent aujourd’hui avec certitude où ils se trouvent.

Invité, lundi 27 juillet 2026, dans un Space sur X animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, Me Jean Mbuyu, président du collectif des avocats des deux responsables politiques et ancien conseiller spécial en matière de sécurité de Joseph Kabila, a livré un témoignage particulièrement préoccupant.

Selon l’avocat, contrairement aux informations ayant circulé ces derniers mois, ses clients ne sont détenus ni à la prison militaire de Ndolo ni à la prison centrale de Makala. Ils seraient maintenus dans des lieux tenus secrets, où seules leurs épouses pouvaient, jusqu’à récemment, leur rendre visite une fois par semaine. À en croire cette source, cette possibilité n’existe plus.

« Depuis deux mois, même leurs femmes ne sont plus autorisées à les voir. Nous, leurs avocats, n’avons plus aucun accès à eux. Cela fait sept mois que nous ne les avons pas vus et nous ignorons totalement leur état de santé ainsi que les conditions de leur détention », a affirmé Me Jean Mbuyu.

Une procédure judiciaire introuvable

Le collectif des avocats affirme qu’aucune procédure judiciaire n’a été officiellement engagée contre Emmanuel Ramazani Shadary et Aubin Minaku. Selon Me Mbuyu, des démarches auraient été entreprises auprès du ministre de la Justice afin d’obtenir des clarifications. La réponse aurait été sans équivoque : les deux détenus ne relèveraient pas de son autorité.

Plus troublant encore, aucune juridiction civile ou militaire ne serait, à ce jour, officiellement saisie du dossier. Cette situation alimente les interrogations sur les garanties procédurales et les droits de la défense, principes consacrés par la Constitution congolaise ainsi que par les instruments internationaux relatifs aux droits humains.

Le précédent Ngoy Mulunda et les alertes des Nations unies

Me Jean Mbuyu a comparé la situation de ses clients à celle du pasteur Daniel Ngoy Mulunda, ancien président de la CENI, qui avait été détenu pendant une longue période sans jugement après son retour forcé de Zambie.

Les inquiétudes relatives aux détentions jugées arbitraires d’opposants politiques en République démocratique du Congo ne sont pas nouvelles. Dans un rapport publié en avril dernier, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) faisait état de 42 membres de partis politiques maintenus en détention depuis janvier, parmi lesquels plusieurs opposants. Le document évoquait des arrestations menées par les services de renseignement et la justice militaire, touchant notamment des membres du PPRD et du parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi.

Le rapport mentionnait également l’existence présumée de centres de détention non officiellement reconnus, attribués au Conseil national de cyberdéfense (CNC), une structure rattachée à la présidence de la République.

Un silence qui nourrit les interrogations

Où sont détenus Emmanuel Ramazani Shadary et Aubin Minaku ? Sous quelle autorité sont-ils placés ? Pour quelles raisons leurs familles et leurs avocats n’ont-ils plus accès à eux depuis plusieurs semaines ? Autant de questions qui demeurent sans réponse officielle.

Dans un contexte politique marqué par de fortes tensions, cette affaire continue d’alimenter le débat sur l’État de droit, la transparence des procédures judiciaires et le respect des libertés fondamentales en République démocratique du Congo. Huit mois après leur interpellation, le silence persistant autour du sort de ces deux personnalités politiques demeure l’une des zones d’ombre les plus sensibles de la vie politique congolaise.

Philippe Dephill Lipo

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