Face à la résurgence de l’épidémie d’Ebola dans l’Est de la République démocratique du Congo et aux tensions suscitées par le débat sur les réformes constitutionnelles, l’Église du Christ au Congo (ECC) appelle les acteurs politiques et sociaux à privilégier le dialogue afin de préserver la paix et l’unité nationale.
Réunis du 4 au 7 juin à la Cathédrale du Premier Centenaire Protestant de Kinshasa dans le cadre de leur 66ᵉ session extraordinaire, les membres du Comité exécutif national de l’ECC ont analysé la situation sécuritaire, sanitaire et politique du pays sous le thème : « Le Règne de Dieu, un règne de paix et d’unité ».
Une crise aux multiples facettes
Dans sa déclaration finale, l’ECC dresse le tableau d’un pays confronté à une accumulation de crises. L’institution protestante relève la persistance de l’insécurité dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, où les violences attribuées au M23 et aux combattants des ADF continuent d’affecter les populations civiles.
Selon l’Église, cette situation alimente une crise humanitaire marquée par des déplacements massifs de populations et une dégradation des conditions de vie dans plusieurs zones de l’Est du pays.
À cette crise sécuritaire s’ajoute la menace sanitaire liée à la réapparition de la maladie à virus Ebola. L’ECC rappelle que le ministère de la Santé a déclaré, le 15 mai dernier, une nouvelle épidémie causée par la souche Bundibugyo, dont l’épicentre se situe en Ituri avant sa propagation vers le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
L’organisation religieuse souligne que l’absence de vaccin ou de traitement spécifique contre cette souche impose une mobilisation accrue des autorités, des partenaires et des communautés afin de freiner sa propagation.
Le débat constitutionnel au cœur des préoccupations
Au-delà de la situation sanitaire, l’ECC s’est penchée sur le débat relatif aux réformes de la Constitution du 18 février 2006, devenu l’un des sujets les plus sensibles de l’actualité politique congolaise.
L’institution note que les partisans d’un changement constitutionnel, issus principalement de la majorité au pouvoir, s’opposent à une frange de l’opposition qui considère cette initiative comme inopportune dans le contexte actuel.
Pour les responsables protestants, la polarisation croissante du débat, combinée aux tensions sécuritaires persistantes, pourrait fragiliser davantage la cohésion nationale si les échanges venaient à sortir du cadre démocratique.
L’ECC joue la carte du dialogue
Soucieuse de contribuer à l’apaisement du climat politique, l’Église du Christ au Congo a choisi d’ouvrir un espace de discussion réunissant les différentes sensibilités engagées dans ce débat.
Les représentants de la majorité présidentielle, notamment André Mbata et Augustin Kabuya, ont présenté leur vision des réformes envisagées. En face, Martin Fayulu, figure de l’opposition et membre de la plateforme C64, a exposé les réserves de son camp. Le président du parti Envol, Delly Sesanga, annoncé parmi les intervenants, n’a finalement pas participé aux travaux.
Le constitutionnaliste Gaspard Ngondankoy a également été auditionné sur sa proposition de loi relative au référendum, actuellement en examen au Parlement.
Préserver la paix et l’unité nationale
À l’issue de ses assises, l’ECC affirme avoir privilégié une démarche fondée sur l’écoute mutuelle, la tolérance et le discernement. L’institution estime que les divergences d’opinions ne doivent pas constituer un facteur de division mais plutôt nourrir un débat démocratique au service de l’intérêt supérieur de la Nation.
Par cette initiative, l’Église protestante entend réaffirmer son rôle de médiateur moral dans un contexte où les défis sécuritaires, sanitaires et politiques continuent de mettre à l’épreuve la stabilité de la République démocratique du Congo.
La rédaction



