Chargement...

globalnewsrdc

Face à l’ampleur des défis liés à l’assainissement et à la salubrité de la ville de Kinshasa, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a donné des instructions claires à la Task Force chargée notamment de restaurer la fluidité, la sécurité et la dignité de la vie urbaine.

Au cours de la réunion tenue lundi 8 juin 2026 à la Cité de l’Union africaine, le Chef de l’État a réaffirmé son engagement de faire émerger des villes plus planifiées, plus propres, plus fluides, plus sûres et plus humaines.

Cette Task Force est une nouvelle structure placée sous l’autorité directe du Chef de l’État et coordonnée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national. Une décision cruciale qui marque un tournant, en imposant une approche paramilitaire pour éradiquer l’insalubrité chronique de la capitale congolaise.

Les piliers de la nouvelle stratégie

  • Discipline paramilitaire : application de la rigueur du Service national pour contourner les lenteurs administratives.
  • Autorité directe : structure placée sous la supervision immédiate de la Présidence de la République.
  • Synergie d’experts : collaboration étroite entre le Service national, le cabinet présidentiel, l’Hôtel de Ville de Kinshasa et les ministères clés (Intérieur, Défense, Urbanisme).
  • Trois axes prioritaires : gestion des déchets, régulation du commerce de rue et amélioration de la fluidité routière.

Quid du coordonnateur ?

Le lieutenant-général Kasongo Kabwik, patron du Service national, bénéficie d’une forte crédibilité auprès du Chef de l’État. Il s’est illustré par des résultats concrets dans la formation des jeunes, la réinsertion des anciens délinquants dits « Kuluna » et la relance de la production agricole, notamment à Kaniama Kasese.

Les défis majeurs à Kinshasa

  • Échelle démographique : gérer les déchets ménagers d’une mégapole de plus de 12 à 17 millions d’habitants.
  • Infrastructures dégradées : curage de caniveaux obstrués et aménagement d’espaces publics anarchiquement occupés.
  • Financement et logistique : mobiliser des moyens permanents, la ville souffrant de l’absence de politique de salubrité structurée depuis de nombreuses années.

Pour permettre à la nouvelle Task Force d’accomplir sa mission, la Présidence de la République s’est engagée à mobiliser d’importants moyens logistiques, matériels et financiers, avec pour objectif de pallier le manque de suivi historique et de doter le Service national d’une capacité d’intervention immédiate.

Réquisition et centralisation des engins

  • Récupération du matériel existant : la Task Force prend le contrôle des camions-bennes, bennes basculantes et chargeuses déjà disponibles au niveau de l’Hôtel de Ville et de la Régie d’assainissement de Kinshasa (RASKIN).
  • Fin de l’abandon des équipements : face au scandale d’engins d’assainissement neufs laissés à l’abandon, le commandement militaire réquisitionne ces véhicules pour les déployer sur le terrain.
  • Matériel lourd de génie : déploiement de pelles mécaniques, bulldozers et camions de grande capacité pour le désengorgement des décharges sauvages et le curage des caniveaux bouchés.

Des milliers de brouettes, bêches, balais industriels et souffleurs, ainsi que des conteneurs de transit, seront déployés dans les points noirs de la capitale, notamment aux abords du Grand Marché « Zando », afin d’éviter le déversement des déchets sur la chaussée.

Une main-d’œuvre paramilitaire

Contrairement aux anciennes brigades civiles, la Task Force s’appuie sur la discipline des jeunes du Service national (les « Bâtisseurs »). Pour leur encadrement rigoureux, les équipes disposent d’une logistique de subsistance propre (rations, transports sécurisés, abris temporaires), fournie directement par le budget de la Présidence de la République, afin d’éviter les arrêts de travail liés aux retards de paiement.

Le suivi et le cadrage budgétaire global de ces allocations sont directement pilotés par le cabinet du Président de la République.

Une stratégie à double volet

Deux volets structurent la stratégie du général Kasongo Kabwik. En effet, l’assainissement de Kinshasa ne se limite pas au ramassage des déchets : il intègre également une libération stricte de l’espace public.

Le déploiement logistique vise en priorité les zones à forte densité commerciale et de transit, identifiées comme les principaux foyers d’insalubrité et d’engorgement routier.

Les abords du Grand Marché « Zando » et les grandes artères menant au centre des affaires, asphyxiées par le commerce informel, constituent les axes prioritaires. Des zones comme Kinshasa, Barumbu, Lingwala et Kalamu (notamment autour du marché de Type-K et du couloir Victoire) concentrent les premières opérations.

Plusieurs grandes avenues stratégiques (Plateau, Wangata, Dima, Isoke, Kigoma) font l’objet d’un nettoyage d’urgence pour restaurer la fluidité du trafic. La baie de Ngaliema est également ciblée comme zone critique pour l’arrêt immédiat des occupations anarchiques des rives.

Les sanctions contre l’occupation anarchique

Pour faire respecter l’ordre, la Task Force s’appuie sur une « méthode forte », combinant la rigueur militaire du Service national et les prérogatives des ministères de l’Urbanisme et de l’Environnement.

En cas de non-respect des consignes, il sera procédé à la saisie immédiate des marchandises. Tout étalage, commerce de rue ou dépôt sauvage installé sur les trottoirs sera confisqué sans préavis.

Les constructions de fortune, kiosques, terrasses de bars et garages clandestins empiétant sur les emprises publiques seront démolis par les bulldozers du Service national. Les brigades vérifieront systématiquement l’affichage des autorisations urbanistiques. L’absence de documents en règle ou l’occupation illégale des servitudes publiques exposeront les contrevenants à de lourdes amendes et à l’arrêt forcé des chantiers. En cas d’incivisme, les récidivistes ou les personnes s’opposant aux opérations s’exposeront à des arrestations par les forces de l’ordre appuyant la Task Force.

Les chances de réussite et les risques d’échec

Selon une certaine opinion politique de la capitale, les chances de réussite de la Task Force reposent sur un équilibre fragile entre la rigueur militaire du général Kasongo Kabwik et l’ampleur des défis structurels et financiers d’une mégapole de plus de 12 millions d’habitants.

Si les observateurs saluent un choix fort, les risques d’enlisement restent réels si les causes profondes de l’insalubrité ne sont pas traitées. Les enjeux se divisent entre atouts opérationnels et risques structurels.

Les atouts de la Task Force

Les facteurs de réussite reposent sur la crédibilité du général Kasongo Kabwik, qui a démontré l’efficacité du Service national à Kaniama Kasese en transformant des délinquants en « Bâtisseurs ».

S’ajoutent la rupture avec la bureaucratie, l’appui direct de la Présidence et la méthode coercitive contre l’anarchie urbaine, considérée comme une réponse ferme au désordre installé.

Les risques d’échec

Selon certains experts environnementaux, créer une structure parallèle ne règle pas le dysfonctionnement des services provinciaux existants. Le ramassage des déchets et la libération des espaces publics ne suffisent pas si Kinshasa ne dispose pas de décharges modernes, de centres de tri et d’unités de traitement à grande échelle.

Le maintien d’une flotte importante d’engins lourds exige par ailleurs un financement permanent. Le risque est de voir l’opération s’essouffler dès que l’élan budgétaire initial diminuera, comme ce fut le cas après certains programmes antérieurs.

Enfin, la résistance sociale et l’incivisme constituent un obstacle majeur. Chasser les vendeurs ambulants sans solutions de relocalisation durables risque de provoquer des tensions et un retour rapide des occupations une fois les opérations terminées.

Philippe Dephill Lipo

Please follow and like us:
Pin Share