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De criminels armés par-ci, des bandits urbains par-là… Kinshasa est-elle devenue un véritable mouroir ? Les médias dénoncent, les habitants lancent des cris d’alarme, tandis que les autorités sont accusées par une partie de l’opinion de ne pas réagir avec la fermeté attendue. Il ne se passe désormais presque plus une semaine sans qu’un acte criminel ne vienne endeuiller la capitale de la République démocratique du Congo.

La criminalité semble gagner du terrain à Kinshasa. Braquages à main armée, attaques attribuées aux Kuluna, découvertes de corps sans vie et assassinats alimentent quotidiennement un climat de peur. Face à cette situation, de nombreux Kinois réclament une réaction urgente des autorités compétentes afin de garantir la sécurité des personnes et de leurs biens.

Depuis plusieurs années, l’insécurité s’est progressivement installée dans la capitale. Mais ces dernières semaines, la multiplication des actes criminels donne le sentiment d’une aggravation de la situation. 

Pour de nombreux habitants, la peur est devenue le quotidien. Chaque nouvelle attaque ravive le traumatisme d’une population qui ne sait plus à quel saint se vouer.

Les Kuluna continuent de semer la terreur

Dans la nuit de dimanche à lundi dernier, des bandits urbains communément appelés Kuluna ont opéré sur la route de Matadi, à proximité du camp Badiadingi. 

Selon plusieurs témoignages, ils ont agressé des passagers et emporté téléphones, argent et autres effets personnels, semant la panique dans cette partie de la capitale.

Quelques jours auparavant, un autre drame s’est produit dans la commune de Lingwala. Sur l’avenue Mushi, des criminels armés ont attaqué un jeune conducteur de moto. Après lui avoir arraché son unique moyen de subsistance, ils lui ont ôté la vie avant de prendre la fuite.

Le jeune homme préparait son mariage, prévu le 30 août prochain. Ce projet de vie ne verra jamais le jour. Une existence brutalement interrompue, une famille plongée dans le deuil et des proches meurtris.

Sur les réseaux sociaux, l’émotion est immense.

« Alors que la population est confrontée à l’insécurité, les autorités persistent à affirmer qu’il ne s’agit que de rumeurs. Doux repos Lucky et beaucoup de courage à Dorcas », a écrit un internaute.

Une autre internaute s’est interrogée avec colère : « Faut-il qu’un de leurs enfants meure pour que les choses bougent ? Je n’imagine pas la douleur des familles. Jusqu’à quand, mon Dieu ? »

L’émotion est tout aussi vive après la mort de Prisca Banza, une jeune femme de 26 ans, déplacée de guerre.

Selon plusieurs journalistes congolais et médias en ligne, elle avait quitté, dans la soirée du 25 juillet, une cérémonie de mariage familiale organisée à Matadi-Mayo, dans le quartier SeBo, commune de Mont-Ngafula. Son corps a été acheminé à l’Hôpital général de référence de Kinshasa, où son décès a été constaté.

Les circonstances exactes de sa mort restent toutefois entourées d’incertitudes.

Une première version évoque une agression à la machette lors d’une tentative d’arrachage de son sac, à laquelle elle aurait opposé une résistance. D’autres sources, notamment le média en ligne NouveauMedia.cd et le photojournaliste Justin Kabumba, avancent plutôt la thèse d’un enlèvement suivi de son assassinat.

À ce stade, aucune communication officielle de la Police nationale congolaise, du parquet ou des autorités de la commune de Mont-Ngafula n’est venue confirmer les circonstances exactes du drame ni préciser les responsabilités.

Pour de nombreux observateurs, ce silence officiel ne fait qu’alimenter les interrogations.

« Ils lui ont pris tout : ses biens, mais surtout ce qu’elle avait de plus précieux, sa vie. J’ai le sentiment qu’en l’absence d’une police réellement capable d’assurer la sécurité de la population, le jour viendra où les citoyens chercheront eux-mêmes leurs moyens de défense », a réagi un journaliste.

Une journaliste et militante des droits des femmes a également exprimé son indignation.

« Aucune femme ne devrait perdre la vie dans de telles circonstances. Chaque vie compte. Cette tragédie rappelle l’urgence de renforcer la sécurité de nos concitoyens et de lutter contre toutes les formes de violence. J’espère que toute la lumière sera faite sur ce drame et que justice sera rendue. »

Par ailleurs, l’insécurité persistante dans les communes de Makala et Selembao a également été évoquée lors de la plénière de l’Assemblée nationale du 25 juillet.

Dans ces communes, les décès par balles se multiplient. Rien que durant le mois de juillet, au moins quatre personnes ont été tuées à Makala. 

Selon plusieurs sources locales, des hommes armés non autrement identifiés, voire certains éléments des forces de l’ordre, seraient impliqués dans plusieurs de ces incidents. Aucune conclusion officielle n’a cependant été communiquée.

Face à  cette situation, certains vont jusqu’à réclamer la nomination d’un militaire à la tête de la ville afin de rétablir l’ordre.

Toujours des rumeurs ?

En mars dernier, lors d’un Conseil des ministres, le président Félix Tshisekedi avait exprimé sa vive préoccupation face à la recrudescence des cas d’enlèvements signalés à Kinshasa. Le chef de l’État avait instruit le gouvernement, les services de sécurité et l’appareil judiciaire d’agir sans délai afin de mettre fin à ces pratiques.

Ces déclarations tranchaient avec celles du vice-Premier ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani Lukoo, qui estimait que plusieurs cas évoqués relevaient davantage de rumeurs que de faits établis.

« Dix-huit cas ont été examinés (…) et tous ne sont pas avérés », avait-il déclaré.

Des propos qui avaient suscité l’indignation d’une partie de l’opinion publique, notamment parmi les proches de personnes portées disparues, convaincus que l’insécurité est une réalité quotidienne dans la capitale.

Gouvernement et Parlement complices ?

Cette question revient de plus en plus souvent dans les débats sur les réseaux sociaux. Si aucune preuve ne permet d’étayer une telle accusation, certains citoyens estiment que l’inaction des institutions contribue à entretenir un sentiment d’impunité.

En avril dernier, une motion de défiance visant le vice-Premier ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani Lukoo, avait été déposée à l’Assemblée nationale par le député Laddy Yangotikala. Le texte, soutenu par 56 députés, dénonçait une gestion jugée inefficace de la situation sécuritaire à Kinshasa et dans plusieurs autres villes du pays.

Mais quelques heures avant son examen, la direction de l’Union sacrée de la Nation avait appelé ses députés à voter contre cette initiative, rappelant que le président de la République avait annoncé un remaniement gouvernemental et demeurait seul compétent pour nommer ou révoquer les membres du gouvernement.

Finalement, la motion de défiance a été rejetée sans examen au fond, après l’adoption d’une motion incidente et préjudicielle déposée par le député Garry Sakata.

Une capitale à bout de souffle

Lesbhabitants de Kinshasa continuent de vivre dans la peur. Beaucoup disent limiter leurs déplacements nocturnes, modifier leurs habitudes ou craindre de ne plus rentrer chez eux en toute sécurité.

Une question revient avec insistance dans les quartiers de Kinshasa : combien de drames faudra-t-il encore avant qu’une réponse forte ne soit apportée à cette crise sécuritaire qui frappe la capitale ?

El.B.

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