Une page monumentale de l’histoire contemporaine de la République démocratique du Congo vient de se tourner. Le général d’armée Norbert Likulia Bolongo, dernier Premier ministre du Zaïre et pilier indéboulonnable de l’ère Mobutu, s’est éteint ce jeudi 25 juin 2026 à Bruxelles, à l’âge de 87 ans. Avec lui s’en va l’un des derniers grands témoins et acteurs des tumultes et des destins croisés qui ont forgé le Congo moderne.
Né le 8 juillet 1939 à Basoko, au cœur de la Tshopo, Norbert Likulia Bolongo n’était pas seulement un homme de fer et de devoir ; il était l’incarnation rare de l’alliance entre l’épée et la plume. Docteur en droit, professeur d’université et éminent spécialiste du droit pénal militaire, il a traversé les décennies avec la double stature d’un stratège de haut rang et d’un intellectuel brillant, laissant derrière lui des ouvrages qui feront autorité pour les générations à venir.

Au sein des Forces armées zaïroises, son parcours impose le respect. Tour à tour procureur général militaire, secrétaire d’État à la Défense nationale et vice-Premier ministre, il a incarné la rigueur républicaine et la maîtrise des arcanes de la sécurité nationale.
Mais c’est au crépuscule de l’ère Mobutu, en avril 1997, que le destin le place face à l’Histoire. Nommé Premier ministre dans un pays en plein séisme politique et militaire, il prend les rênes d’un « gouvernement de salut national » désespéré. Face à la marche inexorable de l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila, il gérera les dernières semaines du Zaïre avec la dignité des grands serviteurs de l’État, évitant à la capitale un bain de sang lors de la transition du pouvoir.
Loin de s’effacer après la chute du régime, le général a continué d’offrir sa sagesse et son expertise à sa patrie. Acteur de la transition, candidat à l’élection présidentielle de 2006, il est resté jusqu’au bout une boussole morale et politique, passionné par l’avenir et la gouvernance de son pays.

Depuis l’annonce de sa disparition, l’émotion est vive. Des salons politiques de Kinshasa aux amphithéâtres universitaires, en passant par les rangs des anciens compagnons d’armes, les hommages affluent pour saluer la mémoire d’un homme d’État d’une envergure exceptionnelle.
Le général Likulia Bolongo a rangé ses armes et fermé ses livres, mais son empreinte sur les institutions et la mémoire collective de la RDC demeure indélébile. Les détails de ses obsèques et des hommages de la Nation seront communiqués prochainement par sa famille.
Philippe Dephill Lipo



