Héroïques mais asphyxiés, les Léopards de la République démocratique du Congo ont cédé sur un coup du sort à Guadalajara (1-0). Du coup, Mbemba et ses coéquipiers se retrouvent au pied du mur face à leur destin.
L’ivresse du nul inaugural face au Portugal a laissé place à un réveil particulièrement douloureux. Dans l’arène surchauffée du Guadalajara Stadium, la République démocratique du Congo a mesuré la distance qui sépare encore ses ambitions de la froide réalité du très haut niveau mondial.
En effet, face à une équipe nationale colombienne maîtresse de son art, les Léopards ont plié, rompu, puis cruellement cédé à un quart d’heure du terme de la rencontre.
À Kinshasa, et naturellement dans tout le pays ainsi qu’au sein de la diaspora congolaise, l’espoir d’un exploit majuscule, bien présent au coup d’envoi, s’est mué en une immense chape de déception.
Pourtant, le tableau de marche n’aurait pu mieux débuter. Nullement tétanisés par l’enjeu, les hommes de Sébastien Desabre ont mordu dans le match avec une agressivité rafraîchissante. Cinquante-six secondes de jeu à peine, et la frappe d’Edo Kayembe des trente mètres forçait Camilo Vargas à une parade d’urgence. Une entame en forme de trompe-l’œil. Car très vite, la mécanique colombienne, huilée par la grâce intemporelle de James Rodríguez, a pris le contrôle du tempo, confisquant le cuir et coupant les lignes de transmission congolaises.
L’illusion de la VAR et le miracle Mpasi
Ballottés, asphyxiés au milieu de terrain, les Léopards ont longtemps cru que le destin avait choisi leur camp. Par deux fois, le couperet de l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) est venu doucher les célébrations colombiennes pour des positions de hors-jeu micrométriques : d’abord dès la 7e minute sur un premier coup de boutoir de Daniel Muñoz, puis dans les ultimes secondes d’un premier acte étouffant (45e+4).
Si les Congolais sont rentrés aux vestiaires les épaules droites, ils le doivent sans conteste à la performance magistrale de leur dernier rempart, Lionel Mpasi.
Face aux assauts répétés des Cafeteros, le portier congolais s’est transformé en un obstacle infranchissable, signant un récital de parades réflexes, une claquette d’anthologie sur un missile de James Rodríguez et une autorité impériale dans les airs.
Derrière lui, le capitaine Chancel Mbemba, bien épaulé par un Axel Tuanzebe impérial face au poison Luis Díaz, a repoussé l’échéance au prix d’un sacrifice défensif de tous les instants.
Une attaque stérile et le coup de poignard
Mais tenir un tel siège relève de l’illusion sans contre-offensive. Trop esseulés, sevrés de ballons exploitables, Yoane Wissa et Cédric Bakambu n’ont été que l’ombre d’eux-mêmes, prisonniers du bloc adverse. Seules les chevauchées rageuses d’Arthur Masuaku sur son aile gauche parvenaient à apporter un semblant de verticalité, sans trouver preneur dans la surface.
À l’heure de jeu, Sébastien Desabre a tenté le tout pour le tout, injectant du sang neuf et de la consistance tactique avec les entrées successives de Noah Sadiki, Simon Banza, Charles Pickel et Joris Kayembe. Un sursaut d’organisation qui n’a malheureusement pas suffi à briser la fatalité. Car à la 75e minute, un ultime assaut colombien trouvait Daniel Muñoz aux abords de la surface. Sa tentative, malencontreusement déviée par Steve Kapuadi, trompait un Mpasi cette fois impuissant. Cruel, mais implacable.
L’équation d’un épilogue face à l’Ouzbékistan
Cette défaite redistribue cruellement les cartes du groupe K. Si la Colombie s’ouvre grand les portes des huitièmes de finale, la RDC se retrouve reléguée au troisième rang, devancée par le Portugal.
Pour autant, l’aventure mexicaine n’est pas encore close. L’équation est désormais limpide : les Léopards devront impérativement dompter l’Ouzbékistan le dimanche 28 juin 2026, avec la plus large marge possible. Une victoire nette leur assurerait une place parmi les meilleurs troisièmes, voire une qualification directe si le ciel venait à s’assombrir pour le Portugal.
Pour les millions de Congolaises et de Congolais, l’heure ne devrait pas être aux regrets, mais à l’ultime bataille, celle que les Léopards sont désormais condamnés à remporter.
Philippe Dephill Lipo



