La Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo a ouvert, ce jeudi 4 juin 2026, l’audience publique dans l’affaire de sécurité de l’État inscrite sous le rôle RP n° 060/26. Ce procès inédit met en cause dix hauts gradés des Forces armées de la RDC (FARDC), dont l’ancien chef d’état-major général, Christian Tshiwewe Songesa, et le général en fuite John Numbi Banza Ntambo, poursuivis pour des faits jugés particulièrement graves.
Une audience d’ouverture sous haute tension
C’est au Nouveau Palais de Justice, dans la commune de la Gombe, que la Haute Cour militaire a officiellement lancé les débats. Devant la Cour, assistée de l’Auditeur général près la Haute Cour militaire agissant comme ministère public, les prévenus ont été soumis à la procédure d’identification.
Le président de la Cour a constaté la présence physique du général d’armée Christian Tshiwewe Songesa, détenu depuis le milieu de l’année 2025 à la prison militaire de Ndolo. L’ancien chef d’état-major a toujours affirmé n’avoir jamais trahi ni Dieu ni le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.
En revanche, un constat de défaut a été prononcé à l’encontre du général d’armée John Numbi Banza Ntambo ainsi que de ses coaccusés Pascal Nyembo et John Chinyabuuma Kamukinde, tous déclarés en fuite à l’étranger.
De lourdes accusations sur fond de crise sécuritaire
Le greffe a procédé à la lecture officielle de l’extrait de rôle et à la notification des charges retenues contre les accusés. Dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est du pays contre la rébellion AFC/M23, soutenue par le Rwanda, le ministère public poursuit les prévenus notamment pour :
- Complot et trahison ;
- Apologie du terrorisme ;
- Désertion à l’étranger ;
- Détention illégale d’armes et de munitions de guerre ;
- Incitation des militaires à l’indiscipline.
La défense obtient un renvoi
À peine les charges notifiées, les avocats de la défense ont demandé le renvoi de l’affaire afin d’obtenir l’accès à l’ensemble des pièces du dossier et d’en recevoir copie, estimant cette démarche indispensable à la préparation de leur défense.
Après échanges entre les parties et l’Auditeur général, la Haute Cour militaire a accédé à cette requête et renvoyé l’affaire au jeudi 25 juin 2026. Les officiers détenus ont été reconduits à la prison militaire de Ndolo.
Le cas Numbi au centre des attentions
D’ici la reprise des débats, plusieurs observateurs s’attendent à ce que la défense soulève des exceptions de procédure, notamment concernant la régularité de la détention préventive du général Tshiwewe. Sur le fond, elle pourrait également exiger la production d’éléments matériels établissant un lien direct entre l’ancien chef d’état-major et les faits de trahison qui lui sont reprochés.
Le cas du général John Numbi demeure également au cœur des débats. Bien que plusieurs sources le situent au Zimbabwe, son éventuelle extradition reste juridiquement complexe. La question de la peine de mort, réactivée en RDC, constitue l’un des principaux obstacles à un éventuel transfèrement, plusieurs États refusant d’extrader des personnes susceptibles d’être condamnées à la peine capitale sans garanties préalables.
Face à cette situation, le ministère public a choisi de poursuivre l’action judiciaire par défaut.
Si le général Numbi demeure introuvable, il pourrait être jugé par contumace lors de la prochaine audience. En droit militaire congolais, cette situation expose le prévenu aux sanctions les plus sévères prévues par la loi.
Un procès rendu possible par une réforme judiciaire
Ce procès marque un tournant dans l’histoire de la justice militaire congolaise. Il est rendu possible par une réforme adoptée en janvier 2026, permettant désormais à des magistrats de grade inférieur de juger des officiers supérieurs, levant ainsi un obstacle procédural qui freinait le traitement de plusieurs dossiers sensibles.



