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Pendant de longues années, Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, a semblé s’habituer à l’insalubrité. Les montagnes d’ordures, les marchés débordant sur la chaussée, les caniveaux transformés en dépotoirs et les déchets abandonnés sur les grandes artères ont progressivement fini par banaliser une situation qui ne devrait jamais être considérée comme normale.

Pour Patience Kimina Phongo, présidente de la diaspora congolaise résidant aux États-Unis, enseignante d’université et observatrice des politiques publiques, cette réalité n’est pourtant pas une fatalité. Selon elle, toute ville peut retrouver sa dignité lorsque les autorités affichent une volonté politique forte et que les citoyens acceptent d’en devenir les premiers gardiens.

L’opération d’assainissement menée sous la supervision du Général Kasongo sur l’axe reliant l’aéroport international de N’djili à la Place de l’Échangeur de Limete en apporte une illustration éloquente. Cet itinéraire est bien plus qu’une simple avenue. Il constitue la première image que découvrent les diplomates, les investisseurs, les touristes, les partenaires internationaux ainsi que les Congolais de la diaspora revenant au pays. Une capitale se juge souvent dès le premier regard. La qualité de ses infrastructures, la propreté de ses espaces publics et l’ordre qui y règne traduisent le niveau d’organisation d’un État et l’ambition d’une nation.

En quelques heures seulement, cette opération a profondément changé le visage de cet axe stratégique. Ce résultat démontre qu’avec une organisation rigoureuse, des moyens adaptés et une volonté clairement affirmée, il est possible d’obtenir des résultats rapides et visibles.

Pour Patience Kimina Phongo, cette démonstration constitue un signal encourageant. Toutefois, elle estime que le véritable succès ne résidera pas dans une intervention ponctuelle, aussi spectaculaire soit-elle, mais dans la capacité des autorités et de la population à inscrire cette dynamique dans la durée.

Car l’histoire récente de l’ex-Léopoldville rappelle que plusieurs campagnes de salubrité ont été lancées avec pompe au fil des années. Si certaines ont quand même permis des améliorations temporaires, force est d’admettre que d’autres ont suscité beaucoup d’espoir avant de s’essouffler. Toutes se sont heurtées au même obstacle : l’absence d’une politique durable associant les pouvoirs publics, les collectivités locales et les citoyens.

Comme le souligne la chercheuse, qui a certes observé ce qui se passe dans le milieu où elle vit depuis plusieurs années déjà, une capitale qui se veut véritablement moderne ne se construit pas uniquement avec des bulldozers, des camions-bennes ou des engins de terrassement. Elle se construit d’abord avec une organisation permanente, une gestion efficace des déchets, un suivi quotidien et surtout une véritable culture du civisme.

En RDC, Kinshasa ne manque pas seulement d’équipements. Cette mégapole, aujourd’hui forte de plus de 12 millions d’habitants, dont la plupart sont des jeunes, souffre également d’un déficit de discipline collective. En fait, tant que jeter un sachet, une bouteille ou des déchets dans la rue restera un geste banal, voire tolérable aux yeux de la population, Mme la présidente de la diaspora congolaise croit dur comme fer qu’aucune opération d’assainissement ne pourra produire des effets durables.

Par ailleurs, Patience Kimina Phongo, forte de son expérience au sein de la diaspora et de son regard comparatif sur les grandes métropoles, rappelle que la propreté d’une ville n’est jamais le seul résultat de l’action des autorités. Elle repose avant tout sur un pacte entre l’État et les citoyens, chacun assumant pleinement sa part de responsabilité.

Et d’indiquer que cette révolution culturelle devrait absolument commencer dès l’école, où chaque enfant devrait apprendre que préserver son environnement dans un état sain est un devoir civique. Une révolution culturelle qui doit ensuite se poursuivre au sein des familles, où les bonnes habitudes se transmettent de génération en génération. À leur tour, les médias, les églises, les universités, les associations et les entreprises ont également un rôle majeur à jouer dans cette transformation des comportements.

Dans le même temps, l’État doit appliquer la loi avec équité. Les dépôts sauvages d’ordures, l’occupation anarchique des espaces publics et toutes les atteintes répétées à la salubrité doivent être sanctionnés sans complaisance, afin que l’intérêt collectif l’emporte sur les comportements individuels.

Selon celle qui est aussi l’initiatrice de C66, l’assainissement de Kinshasa ne doit plus être perçu comme une simple charge budgétaire. Il constitue un investissement stratégique. Cela est d’autant plus vrai qu’une capitale propre protège la santé publique, améliore le cadre de vie, attire les investisseurs, favorise le tourisme, stimule l’économie locale et renforce la crédibilité internationale de la République démocratique du Congo.

Cette enseignante d’université affirme que ladite dynamique rejoint totalement l’ambition plus large portée par le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo de moderniser le pays, d’améliorer les conditions de vie des Congolais et de renforcer l’image de la RDC sur la scène internationale. Et de souligner : « Cette ambition ne pourra produire tous ses effets que si les actions engagées aujourd’hui s’accompagnent de réformes structurelles capables de transformer durablement les habitudes. »

Le Général Kasongo a démontré qu’il était possible d’agir rapidement.

Pour Patience Kimina Phongo, le véritable défi commence maintenant : faire de cette réussite ponctuelle une culture permanente, où chaque citoyen devient un acteur de la propreté de sa ville. Car, estime-t-elle, l’histoire retiendra moins la rapidité d’une opération d’assainissement que la capacité d’un peuple à faire de l’exception une règle de vie. Et la plus grande révolution ne sera pas celle des engins ou des camions de ramassage. Elle sera celle des consciences. Et cette révolution commence avec chacun de nous, conclut Mme Patience Kimina Phongo dans sa réflexion, tout en rendant hommage au chef de l’État Félix Tshisekedi et à l’ensemble de la task force présidentielle mise en place sous la supervision du général Jean-Pierre Kasongo Kabwik.

Philippe Dephill Lipo

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