Après des jours de blocages, de pressions et de controverses, la plénière de l’Assemblée nationale se penchera ce lundi 27 avril sur la motion de défiance déposée contre le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité. Une procédure sous haute tension qui révèle les fractures au sein de la chambre basse.
C’est une décision attendue, mais qui n’allait pas de soi. La conférence des présidents de l’Assemblée nationale a finalement tranché : la motion de défiance visant Jacquemain Shabani Lukoo, vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, sera examinée en séance plénière ce lundi 27 avril. Une issue qui met un terme — du moins provisoirement — à près de deux semaines d’un feuilleton politique aussi houleux qu’instructif sur les rapports de force au sein de l’institution parlementaire.
« Même s’il y a beaucoup de blocages, nous avons voulu que la plénière se prononce », a glissé un membre du bureau, dans une formule lapidaire qui en dit long sur les résistances internes que la procédure a dû surmonter.
Une motion née d’un ras-le-bol sécuritaire
Tout a commencé le lundi 13 avril. Ce jour-là, le député Laddy Yangotikala dépose officiellement une motion de défiance contre le vice-Premier ministre Jacquemain Shabani Lukoo. Le texte recueille rapidement 56 signatures, franchissant ainsi le seuil requis pour engager la procédure constitutionnelle.
Le grief central ? Une gestion sécuritaire jugée largement insuffisante. Les pétitionnaires pointent du doigt la recrudescence alarmante des actes criminels à Kinshasa et dans plusieurs grandes villes du pays, imputant cette situation à des défaillances profondes dans la coordination des services de sécurité. Pour l’initiateur de la démarche, le ministre n’est tout simplement pas à la hauteur des attentes d’une population qui vit dans l’insécurité au quotidien.
Pressions, retraits et accusations de faux : la procédure déraille
Mais ce qui aurait pu rester une procédure parlementaire ordinaire s’est rapidement transformé en épreuve de force. À peine la motion déposée, les pressions ont commencé à s’exercer. Plusieurs députés signataires ont confié avoir été rappelés à l’ordre — voire intimidés — par leurs formations politiques respectives. L’un d’eux a officiellement retiré sa signature, illustrant la vulnérabilité des élus face aux injonctions de leurs partis.
Mais c’est une autre offensive qui a failli faire basculer toute la procédure : une plainte pour faux en écriture a été déposée au Parquet général près la Cour de cassation contre le député Yangotikala. Plusieurs élus ont en effet contesté publiquement l’authenticité de leur signature sur le document, semant le doute sur la validité même de la motion. Une accusation grave, qui, si elle était avérée, aurait pu entraîner l’annulation pure et simple de l’initiative.
Le verdict de la plénière, un test pour l’institution
En décidant malgré tout de soumettre la motion au vote de la plénière, la conférence des présidents envoie un signal : les manœuvres dilatoires ont leurs limites. Reste à savoir si les députés, une fois dans l’hémicycle, auront la liberté — ou le courage — de voter en leur âme et conscience, loin des consignes de leurs états-majors politiques.
Pour Jacquemain Shabani Lukoo, l’heure est grave. Une motion de défiance adoptée à la majorité absolue des membres de l’Assemblée nationale entraînerait sa révocation. Le ministre devrait avoir l’occasion de s’expliquer devant ses pairs avant tout vote.
Ce lundi, l’Assemblée nationale ne jugera pas seulement un ministre. Elle dira aussi quelque chose d’elle-même.
La rédaction



