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Le concert donné par Koffi Olomidé au Stade Roi Baudouin, à Bruxelles, à l’occasion de son 70ᵉ anniversaire, aurait, selon Patience Kimina Phongo, dû susciter un débat d’une tout autre nature. Il ne s’agissait pas d’un concert ordinaire, mais d’un rendez-vous avec l’histoire : celui d’un artiste qui, depuis plus de quatre décennies, façonne le paysage musical africain, porte la rumba congolaise sur les plus grandes scènes internationales et inspire plusieurs générations de musiciens.

Pourtant, s’étonne la chercheuse et enseignante d’université, une partie de l’opinion congolaise a préféré déplacer inutilement le débat vers une question secondaire : le nombre de sièges occupés. Les réseaux sociaux se sont empressés de commenter les images des tribunes, comme si la réussite d’une œuvre artistique se mesurait exclusivement à la densité du public.

Pour Patience Kimina Phongo, cette réaction traduit une tendance préoccupante : celle de réduire la valeur d’un événement culturel à une simple statistique. « Un fait mérite pourtant d’être rappelé, souligne-t-elle. Les autorités belges avaient imposé des mesures strictes en matière de sécurité et d’organisation, limitant notamment la capacité d’accueil effectivement exploitable du stade. »

La présidente de la diaspora congolaise vivant aux États-Unis rappelle que de telles dispositions sont courantes lors des grands événements internationaux et répondent à des exigences réglementaires qui dépassent la seule volonté des organisateurs. Les ignorer, insiste-t-elle, reviendrait à analyser une situation sans tenir compte de son contexte.

Mais au-delà de cet aspect organisationnel, la communicologue soulève une interrogation plus fondamentale : « Pourquoi une partie des Congolais semble-t-elle évaluer un concert uniquement à travers le nombre de spectateurs présents, reléguant au second plan le contenu artistique, la qualité de la prestation, la richesse du répertoire, la mise en scène, l’émotion suscitée et la portée symbolique de l’événement ? »

Pour elle, cette manière d’apprécier la musique révèle une véritable dérive culturelle.

« Nous avons progressivement remplacé l’analyse de l’œuvre par le culte des chiffres. Le succès d’un concert ne se résumerait plus à la puissance de son interprétation, à l’excellence de son orchestre ou à l’héritage culturel qu’il célèbre, mais au seul taux de remplissage des gradins. Pourtant, l’histoire de la musique mondiale démontre exactement l’inverse. »

Installée depuis plusieurs années aux États-Unis, Patience Kimina Phongo observe que de nombreux spectacles aujourd’hui considérés comme historiques n’ont jamais affiché complet. « Ce qui leur a conféré leur statut, ce n’est pas le nombre de spectateurs, mais leur qualité artistique, leur influence durable et leur contribution au patrimoine culturel. »

Prenant la défense de celui qu’elle considère comme l’une des plus grandes figures de la musique congolaise, elle estime que le concert de Bruxelles revêtait une portée exceptionnelle.

« Il marquait les 70 ans d’un homme dont le parcours se confond avec une partie de l’histoire contemporaine de la musique congolaise. Koffi Olomidé n’est pas seulement un chanteur à succès ; il est une icône culturelle, un bâtisseur, un créateur dont les œuvres ont traversé les époques et les frontières. Qu’on apprécie ou non son style, son apport à la musique congolaise demeure incontestable. »

Selon elle, une telle célébration appelait avant tout à la reconnaissance.

« Elle invitait à saluer une carrière exceptionnelle, un répertoire devenu patrimoine populaire et une longévité artistique rare sur le continent africain. Dans les grandes nations culturelles, les anniversaires des artistes qui ont marqué leur époque sont des moments de mémoire collective, bien plus que des occasions de polémiques. »

La chercheuse précise toutefois qu’il ne s’agit pas d’affirmer que tout était parfait.

« Aucun événement d’une telle envergure n’est exempt de défis organisationnels, logistiques ou artistiques. La critique est légitime lorsqu’elle est argumentée, équilibrée et constructive. »

En revanche, ajoute-t-elle, « réduire plus de quarante années d’excellence musicale à quelques images de tribunes est une lecture réductrice qui passe à côté de l’essentiel ».

S’adressant à ses compatriotes de la République démocratique du Congo comme à ceux de la diaspora, Patience Kimina Phongo invite chacun à repenser son rapport aux grandes figures culturelles nationales.

« Pourquoi sommes-nous souvent plus prompts à comptabiliser les absences qu’à célébrer les héritages ? Pourquoi privilégions-nous les polémiques aux émotions, les statistiques à la création et les apparences au contenu ? »

L’universitaire lance enfin un appel à un regard plus juste et plus patriotique envers « Mopao Mokonzi ».

« Une nation qui ne sait pas reconnaître ses grandes figures culturelles finit par fragiliser sa propre mémoire. Les artistes ne sont pas de simples animateurs de spectacles ; ils incarnent une époque, racontent l’histoire d’un peuple, transmettent son identité et participent à son rayonnement dans le monde.

La République démocratique du Congo possède l’un des patrimoines musicaux les plus prestigieux d’Afrique. Ce patrimoine est le fruit du travail de plusieurs générations de créateurs, parmi lesquels Koffi Olomidé occupe une place singulière. Son nom appartient désormais à l’histoire de la rumba congolaise et de la musique africaine.

Au-delà des sièges occupés ou laissés vacants, retenons l’essentiel : un homme, un artiste, a célébré avec éclat ses 70 ans d’existence en continuant à faire vivre une œuvre musicale qui dépasse les modes et les circonstances.

En fait, les salles se remplissent ou se vident selon les contextes ; les grandes œuvres, elles, demeurent. Les chiffres passent. Les polémiques s’effacent. Les légendes, elles, restent », a parachevé avec une élégance expressive Mme Patience Kimina Phongo dans une analyse objective consacrée à l’événement musical de Koffi Olomidé à Bruxelles.

Philippe Dephill Lipo

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