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« Vous avez du pouvoir ? Sinon, je vous remplace. » C’est par cet ultimatum cinglant que le président Félix Tshisekedi a sanctionné l’inaction des autorités de Kinshasa lors de son inspection au Grand Marché Zando. Alors que l’État congolais investit des millions pour moderniser ce pôle commercial, l’insalubrité chronique et l’anarchie routière menacent déjà les nouvelles infrastructures. Entre le soulagement des commerçants et le scepticisme des usagers face à l’impunité, la réouverture de Zando prend désormais les airs d’un crash-test politique pour l’Hôtel de Ville.

Le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a manifesté son vif mécontentement le week-end dernier lors d’une inspection surprise au Grand Marché de Kinshasa, communément appelé « Zando ». Venu évaluer l’état d’avancement des travaux de modernisation avant la réouverture officielle de ce pôle commercial historique, le chef de l’État a plutôt été confronté au spectacle désolant de l’insalubrité environnante et de l’anarchie urbaine.

Un constat alarmant aux abords du marché

Accompagné d’une délégation restreinte du gouvernement central — comprenant les ministres des Transports, des Finances, des Infrastructures (ITPR) et des Sports —, le président a été accueilli sur place par le vice-gouverneur de Kinshasa, Eddy Iyeli Molangi. Ce dernier assurait l’intérim du gouverneur Daniel Bumba, actuellement en mission officielle à l’étranger. Le soulagement attendu face à la modernisation des infrastructures internes du marché a rapidement fait place à l’indignation. Le chef de l’État a constaté avec amertume la dégradation immédiate des avenues fraîchement réhabilitées menant au centre de négoce.

En cause : une accumulation massive de déchets ménagers sur la voie publique et une occupation anarchique des chaussées par les commerçants ambulants.

Le recadrage ferme du chef de l’État

Face à ce laisser-aller, Félix Tshisekedi a publiquement pointé du doigt l’inaction et la passivité des autorités provinciales ainsi que des responsables des chantiers environnants. Ne cachant pas sa déception, le président de la République s’est adressé directement aux gestionnaires de ces infrastructures dans un ton d’une rare fermeté :

« Vous avez du pouvoir ? Alors, si vous n’avez pas de pouvoir, dites-moi, je vous remplace par d’autres personnes. »

Ce coup de sang présidentiel résonne comme un sérieux avertissement pour l’exécutif provincial de Kinshasa, régulièrement critiqué pour sa gestion de la salubrité publique.

Entre soulagement et scepticisme : la réaction de la population

Au lendemain de cette visite d’inspection, les réactions fusent au sein de la population kinoise. Si le recadrage public des autorités urbaines par Félix Tshisekedi a été largement salué, il met également en lumière le ras-le-bol des administrés face à la gestion de la salubrité publique. Pour de nombreux vendeurs et habitants des communes environnantes, la colère du chef de l’État est perçue comme une reconnaissance légitime de leur calvaire quotidien. Interrogés aux abords des avenues Bokasa et Kasa-Vubu, plusieurs commerçants expriment leur satisfaction.

« Nous payons des taxes d’assainissement tous les jours, mais nous travaillons au milieu des immondices », dénonce une vendeuse de denrées alimentaires. « Que le président hausse le ton est une bonne chose, car l’Hôtel de Ville nous a abandonnés. »

Cependant, au-delà de l’enthousiasme immédiat, un profond scepticisme persiste chez les usagers réguliers du centre-ville. Pour beaucoup, les descentes sur le terrain et les rappels à l’ordre verbaux ne suffisent plus à régler la crise chronique de l’insalubrité à Kinshasa.

« Ce n’est pas la première fois qu’un ultimatum est lancé », tempère un analyste citoyen rencontré sur place. « La population attend désormais des actes concrets. Si des têtes ne tombent pas et si les gestionnaires incompétents ne sont pas formellement remplacés, ce marché moderne sera étouffé par les déchets dès son inauguration. »

Certains Kinois pointent également du doigt une responsabilité partagée, appelant à des sanctions sévères contre l’incivisme de certains vendeurs qui envahissent anarchiquement les chaussées fraîchement asphaltées.

Vers un crash-test pour la gouvernance de la capitale

La colère présidentielle exprimée au Grand Marché Zando marque certainement un tournant qui dépasse le simple cadre de l’assainissement urbain. Elle agit comme un révélateur des dysfonctionnements chroniques qui paralysent la gestion de la ville-province de Kinshasa, mettant en exergue le fossé entre la volonté de modernisation portée par le pouvoir central et l’inertie de l’exécutif provincial.

La réouverture prochaine de ce poumon économique ne sera pas seulement un événement commercial, mais un véritable crash-test pour les autorités urbaines. L’Hôtel de Ville se trouve désormais au pied du mur : il doit impérativement substituer au laisser-aller une politique d’extrême rigueur, sous peine de voir les investissements colossaux de l’État engloutis par l’anarchie et l’insalubrité.

Au-delà des menaces de limogeage brandies par le chef de l’État, c’est tout le logiciel de gouvernance de la capitale qui demande à être révisé. Pour que Kinshasa retrouve durablement son éclat, les sanctions politiques promises devront s’accompagner d’un plan d’entretien rigoureux des infrastructures et d’une lutte sans merci contre l’incivisme routier et environnemental. La population, fatiguée des promesses sans lendemain, observe désormais et attend des actes.

Philippe Dephill Lipo

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