À Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, des personnes vivant avec un handicap auditif sont descendues dans la rue pour défendre une parcelle destinée à leurs activités socio-éducatives.
Dans un mémorandum adressé au gouverneur militaire de l’Ituri, elles dénoncent des occupations qu’elles considèrent comme une tentative de spoliation et réclament la protection urgente de leur patrimoine.
Le jeudi 13 août 2026, les rues de Bunia ont été traversées par une marche pacifique peu ordinaire. Des membres de l’Association des malentendants de la province de l’Ituri (ASPI), sous la coordination du Centre et Cercle éducatif PRORESO, ont marché pour faire entendre une revendication portée notamment par des personnes dont la communication avec le monde extérieur est souvent semée d’obstacles.
Leur destination : les services du gouverneur militaire de l’Ituri, à qui ils ont remis un mémorandum dénonçant ce qu’ils présentent comme un projet d’appropriation illicite d’un terrain destiné à leur communauté.
une concession au cœur de la contestation
Au centre de la contestation se trouve une concession située à Ndibakodu, à Bunia. Selon l’ASPI, cette parcelle avait été affectée à la réalisation d’infrastructures à vocation socio-éducative, notamment pour l’encadrement et l’accompagnement des personnes sourdes et d’autres catégories vulnérables.
Mais l’association affirme constater, depuis quelque temps, des occupations et des tentatives d’appropriation du site par des tiers.
Une situation d’autant plus préoccupante, selon ses responsables, qu’un dossier judiciaire serait déjà pendant.
« c’est parce que nous ne parlons pas ? »
Pendant la marche, les manifestants ont brandi des pancartes portant des messages particulièrement poignants :
« Où est notre place dans la société ? »
« C’est parce que nous ne parlons pas ? »
« Nous marginaliser, c’est se moquer de Dieu. »
Ces slogans traduisent, au-delà du conflit foncier, une frustration plus profonde : celle d’une communauté qui estime devoir constamment se battre pour faire respecter ses droits et préserver les espaces qui lui sont destinés.
Pour les manifestants, perdre cette concession reviendrait à compromettre davantage leurs possibilités d’éducation, d’encadrement, d’autonomisation et d’insertion sociale.
l’ASPI demande l’intervention urgente des autorités
Dans son mémorandum, l’association demande aux pouvoirs publics de procéder à une vérification complète de la situation juridique et foncière de la parcelle.
Elle réclame également la suspension de toute opération susceptible de modifier ou de compromettre la vocation initiale du terrain, ainsi que l’identification de toutes les personnes physiques ou morales impliquées dans les occupations dénoncées.
L’ASPI appelle en outre les autorités administratives et judiciaires à prendre les mesures nécessaires pour protéger le site et empêcher qu’une situation de fait accompli ne s’installe.
Pour assurer le suivi du dossier, des copies du mémorandum ont notamment été transmises à l’Assemblée provinciale, à la Cour d’appel, au Parquet général, à l’Auditorat militaire, à l’ANR, à la mairie de Bunia, à la Société civile ainsi qu’à la division provinciale chargée des personnes vulnérables.
Cette démarche vise à élargir la mobilisation institutionnelle autour d’un dossier que les bénéficiaires considèrent comme crucial pour leur avenir.
un combat foncier, mais surtout un combat pour la dignité
Au-delà des limites d’une parcelle, c’est une question fondamentale qui se pose à Bunia : quelle place la société congolaise réserve-t-elle réellement aux personnes vivant avec un handicap ?
Pour ces manifestants, ce terrain ne représente pas simplement quelques mètres carrés de terre. Il constitue un espace d’espoir, d’éducation, d’autonomisation et de dignité.
Leur message adressé aux autorités est donc sans équivoque : protéger ce terrain, c’est aussi protéger les droits et l’avenir d’une communauté vulnérable.
La balle est désormais dans le camp des autorités provinciales et judiciaires, appelées à établir les faits, à clarifier la situation foncière et, le cas échéant, à empêcher toute appropriation illégale du site.
À Bunia, les personnes sourdes et malentendantes ne demandent pas la charité. Elles réclament simplement que leur droit à une place dans la société soit respecté.
Philippe Dephill Lipo



