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Le vrombissement des moteurs sur le tarmac de l’aéroport de Ndjili dimanche dernier n’avait rien d’une rotation ordinaire. En voyant débarquer la première vague de 600 « bâtisseurs de la nation », les Kinois ont compris que la guerre contre l’insalubrité venait de changer d’échelle. Ce contingent initial sonne le départ d’un pont aérien d’envergure qui s’apprête à déverser près de 5 000 jeunes, forgés à la discipline de fer du centre d’instruction de Kaniama Kasese, au cœur des artères asphyxiées de la mégapole.

Orchestrée par une Task Force présidentielle et placée sous le commandement direct du Lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, cette offensive éclair s’est fixé un ultimatum : 90 jours pour extirper Kinshasa de son insalubrité chronique.

De l’asphalte de Kaniama aux caniveaux de la capitale

Pour ces jeunes, le voyage depuis la province du Haut- Lomami a les allures d’une réhabilitation nationale. Hier associés au phénomène du banditisme urbain (les Kulunas), ils arborent aujourd’hui fièrement leurs brevets d’agents du Service National.

Juste avant le décollage, chacun des bâtisseurs a perçu son premier salaire de 500 000 FC.

Une rupture nette avec le passé, rendue possible par une formation paramilitaire et technique rigoureuse (maçonnerie, mécanique, maniement d’engins lourds) au sein d’un centre de Kaniama Kasese déjà érigé en modèle d’autosuffisance agricole.

Sur le terrain, la stratégie s’annonce chirurgicale. Loin des opérations cosmétiques, les bâtisseurs déploient une méthode stricte, calquée sur trois priorités absolues :
Le curage intensif des collecteurs obstrués et l’évacuation massive des décharges sauvages. Le démantèlement sans concession des constructions anarchiques et la fermeture des garages « pirates » qui squattent l’espace public et l’enlèvement systématique des épaves de véhicules qui étranglent la circulation des grandes artères.

Le spectre de « Kinshasa Bopeto » et le verrou présidentiel

Dans la mémoire collective des Kinois, les promesses non tenues des programmes précédents — à l’instar du défunt Kinshasa Bopeto — laissent un arrière-goût d’inachevé. Pour esquiver l’écueil de la mauvaise gestion et des détournements, l’exécutif a choisi de verrouiller les finances. Le budget global, englobant la logistique et l’acquisition d’artillerie lourde (bennes neuves, pelles mécaniques), est intégralement centralisé et placé sous la surveillance de la Présidence de la République.

« Voir ces jeunes métamorphosés en fonctionnaires disciplinés nous rassurent autant sur la propreté que sur la sécurité. Mais le vrai défi, c’est le jour d’après. » a commenté un habitant de la commune de Lingwala.

Une opinion publique entre ferveur et exigence

Si l’approche managériale rigoureuse du Service National suscite une ferveur populaire indéniable, la population kinoise balance entre un immense espoir et une vigilance de tous les instants. La métamorphose de ces anciens marginaux en agents de l’ordre public offre un double soulagement : environnemental et sécuritaire. Cependant, la question de la pérennité reste sur toutes les lèvres. Les citoyens exigent déjà un suivi à long terme pour s’assurer que la capitale ne retombe pas dans ses travers une fois les 90 jours écoulés.

Consciente que la discipline des bâtisseurs ne suffira pas sans le civisme des administrés, la Task Force a immédiatement activé un arsenal de sanctions coercitives. Amendes forfaitaires immédiates, mise en fourrière des camions de vidange illégale et fermeture administrative des commerces insalubres : l’autorité de l’État se veut implacable pour sanctuariser les premiers acquis de cette opération de la dernière chance.

Philippe Dephill Lipo

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