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Les forêts sont des écosystèmes vivants qui reposent sur un équilibre fragile. Lorsque cet équilibre est perturbé, elles se dégradent et perdent progressivement leur capacité à fournir les biens et services dont dépendent les populations et les économies.

C’est ce qui se produit aujourd’hui, sous nos yeux, partout dans le monde. La restauration des forêts et des paysages dégradés ne peut donc être considérée comme facultative.

Elle constitue une voie essentielle pour atteindre nos objectifs en matière de sécurité alimentaire, de climat et de biodiversité, tout en préservant les moyens de subsistance et en favorisant une économie durable.

La première étape consiste à prendre pleinement la mesure du problème.

489 millions d’hectares de forêt ont disparu entre 1990 et 2025

On estime que 489 millions d’hectares de forêt ont disparu entre 1990 et 2025 du fait de la 6déforestation, c’est-à-dire de la conversion des forêts à d’autres usages. Mais une superficie presque équivalente – plus de 460 millions d’hectares – est aujourd’hui dégradée à l’échelle mondiale : les forêts sont toujours présentes, mais elles sont en mauvais état, endommagées et ne sont plus en mesure de remplir leurs fonctions comme auparavant.

La dégradation des forêts résulte d’une combinaison de facteurs, notamment de pratiques non durables telles que le surpâturage et la surexploitation des ressources, mais aussi de l’urbanisation, des feux de forêt, des ravageurs, des maladies, des espèces envahissantes, de la sécheresse et du changement climatique.

Il en résulte une diminution de la capacité des forêts à réguler le climat, à préserver la biodiversité, à maintenir la qualité des sols et à fournir de l’eau propre ; alors même que la demande mondiale de denrées alimentaires, de bois, d’énergie et d’autres biens et services issus des terres, et notamment des forêts, ne cesse d’augmenter.

Et le problème ne concerne pas uniquement les forêts.

1,56 milliard d’hectares de terres sont aujourd’hui dégradés dans le monde

Au total, 1,56 milliard d’hectares de terres sont aujourd’hui dégradés dans le monde, qu’il s’agisse de forêts et d’autres terres boisées, de terres cultivées, de pâturages, de terres arides ou de zones humides.

En bref, l’écart continue de se creuser entre ce que la nature est en mesure de fournir et les besoins des populations.

Les conséquences sont considérables : des approvisionnements en denrées alimentaires et autres produits agricoles deviennent plus vulnérables aux perturbations, une perte de biodiversité, des risques climatiques accrus et des occasions économiques perdues.

La réponse à ces défis passe par ce que les spécialistes appellent la restauration intégrée des forêts et des paysages, une approche qui vise à concilier la conservation des terres et la production économique, tout en améliorant les conditions de vie des populations et la productivité des territoires.
Cette approche permet de redonner vie aux forêts et aux paysages dégradés, en plantant des arbres, en favorisant la régénération naturelle des forêts et en améliorant la gestion des terres, tout en accordant une attention particulière aux effets de chaque intervention et en veillant à obtenir le soutien et et la participation des populations locales.

L’agroforesterie est l’une de ces approches. Elle consiste à associer, sur une même parcelle, des arbres aux cultures et, dans certains cas, à l’élevage. Elle peut transformer en profondeur notre manière d’envisager l’agriculture et la production alimentaire dans leur ensemble, en contribuant à stabiliser le climat, à préserver les ressources en eau et à améliorer la fertilité des sols, tout en favorisant des activités économiques à la fois durables et rentables.

Les arguments économiques en faveur de la restauration sont également solides. Des écosystèmes en bonne santé sous-tendent plus de la moitié du PIB mondial et, lorsqu’elle est bien conçue, la restauration crée des emplois tout en rétablissant la santé des forêts. Elle revitalise les systèmes de production et renforce la résilience des économies face aux futurs chocs climatiques.
Dans de bonnes conditions, chaque dollar investi dans la restauration peut générer jusqu’à 30 dollars de retombées économiques.

L’inaction coûte plus cher que la remise en état. Cela est vrai d’un point de vue strictement financier, mais plus encore si l’on tient compte de toutes les pertes qui ne sont jamais quantifiées : cohésion sociale, identité culturelle et savoirs accumulés au fil des générations, qui peuvent disparaître en un instant.

Au cours des deux dernières décennies, des initiatives nationales, régionales et mondiales se sont engagées à restaurer plus d’un milliard d’hectares de terres.
Les superficies faisant l’objet d’activités de restauration augmentent dans de nombreux pays et les cadres d’action s’améliorent, mais les progrès restent insuffisants.

Pour atteindre les objectifs mondiaux fixés à l’horizon 2030, 470 millions d’hectares de terres doivent être placés en restauration. À l’heure actuelle, 206,5 millions d’hectares de forêts et de paysages répartis dans 62 pays sont concernés, ce qui reste bien en deçà de l’objectif.

Le rapport

La Situation des forêts du monde 2026 [LIEN], publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentación et l’agriculture (FAO), montre comment y parvenir : en associant les populations qui vivent et travaillent sur ces terres, en conciliant les besoins de la nature et ceux des sociétés humaines, en mobilisant des financements suffisants et en mettant en place les politiques, les cadres juridiques et les institutions nécessaires.
Dans plusieurs régions du monde, ces approches produisent déjà des résultats concrets.

En Indonésie, par exemple, elles ont permis de restaurer le littoral de Demak, dans le nord de Java. La disparition progressive des mangroves, défrichées pendant des décennies pour faire place à des bassins d’aquaculture non durables, conjuguée à l’extraction d’eaux souterraines, avait exposé les villages à des inondations chroniques et entraîné des pertes de revenus de 60 à 80 pour cent.

Grâce à la construction de barrières perméables au large des côtes, afin de retenir les sédiments, le projet a permis aux mangroves de se régénérer naturellement.

Elles protègent aujourd’hui 10.000 personnes contre l’érosion côtière, les ondes de tempête et l’infiltration d’eau salée dans les terres et les réserves d’eau, tout en stockant du carbone et en soutenant les activités de pêche dont dépendent les populations locales.

Dans le sud du Kenya, la sécheresse et le surpâturage avaient dégradé l’écosystème emblématique d’Amboseli-Chyulu, auquel les communautés masaï sont étroitement liées. Une initiative menée par les communautés associe les savoirs traditionnels à une méthode peu coûteuse dite des « demi-lunes » : de petits ouvrages en terre qui retiennent l’eau de pluie et favorisent le retour des herbes indigènes.

Plus de 700 femmes et jeunes sont au cœur de cette initiative, et les résultats sont remarquables : amélioration des sols, retour des herbes indigènes et de la faune sauvage, et mise en place de banques de semences qui font de la restauration une source de revenus. Dans les terres arides de la Caatinga, au Brésil, le peuple Xukuru do Ororubá conduit un processus de restauration biocentrique sur un territoire récemment récupéré et dégradé depuis plus de 400 ans. Dans leur conception du monde, les rivières, les forêts et les rochers sont des êtres vivants avec lesquels ils entretiennent des liens de parenté et auxquels ils reconnaissent des droits propres. Depuis décembre 2023, ils ont restauré 91 hectares répartis entre cinq villages, produit 48 000 plants de 108 espèces indigènes et favorisé le retour de la faune, de la flore et de l’eau. Ces exemples, qui figurent parmi les 18 études de cas présentées dans la situation des forêts du monde 2026, montrent que la restauration ne consiste pas simplement à planter des arbres partout où cela est possible.

Il s’agit de remettre les terres en bon état, afin qu’elles puissent à nouveau remplir leurs fonctions écologiques – retenir l’eau, préserver les sols et soutenir la vie – tout en améliorant les conditions de vie des populations.

La Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes se poursuit jusqu’en 2030. ” Nous disposons déjà des connaissances, des outils et des moyens nécessaires pour agir. Il nous faut désormais les mobiliser à grande échelle, pendant qu’il est encore temps “, a encore dit Zhimin Wu, Sous-Directeur général et Directeur de la Division des forêts de la FAO.

José Wakadila

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