La République démocratique du Congo vient de perdre l’une de ces figures dont le parcours épouse plusieurs pages de l’histoire nationale. Le Professeur Jean Gualbert Nyembo Shabani, ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo, s’est éteint ce matin à l’âge de 89 ans.
Avec sa disparition, c’est un universitaire, un économiste, un homme d’État et un serviteur de la République qui tire sa révérence. Mais au-delà des fonctions prestigieuses qu’il aura exercées, disparaît surtout un homme de savoir, de rigueur et d’expérience, témoin d’une époque et acteur de plusieurs grands moments de la vie économique et politique du pays.
Né en 1937, dans l’ancienne province du Tanganyika, Jean Gualbert Nyembo Shabani avait fait du savoir et du service public les deux grands piliers de son existence. Économiste de formation et professeur d’université respecté, il avait su faire dialoguer la réflexion académique avec les exigences souvent implacables de la gestion de l’État.
Son parcours, particulièrement riche, l’avait conduit des amphithéâtres universitaires aux plus hautes responsabilités de la République. Il avait notamment dirigé la Gécamines, l’une des entreprises les plus stratégiques du pays, avant d’occuper à plusieurs reprises des fonctions ministérielles.
De mars 1991 à avril 1993, le Professeur Nyembo Shabani avait pris les commandes de la Banque centrale du Congo, alors que le pays traversait l’une des périodes les plus complexes et les plus mouvementées de son histoire politique et économique.
À ce poste stratégique, où se décident les grandes orientations monétaires et financières d’une nation, il s’était distingué par sa maîtrise des dossiers, sa compétence et sa rigueur. Homme de chiffres, mais aussi homme de réflexion, il savait que derrière chaque décision économique se jouait, en définitive, une part du destin quotidien de millions de citoyens.
Son passage à la tête de l’institution monétaire nationale restera ainsi inscrit dans la mémoire de la Banque centrale du Congo et dans l’histoire économique du pays.
Mais réduire Jean Gualbert Nyembo Shabani aux seules fonctions qu’il avait occupées serait insuffisant. Car, derrière le gouverneur de la Banque centrale, le ministre ou le dirigeant d’entreprise publique, demeurait toujours le professeur.
Un professeur, c’est celui qui transmet. Celui qui prépare les générations qui viennent après lui. Celui qui refuse que l’expérience et le savoir disparaissent avec une seule existence.
À travers son enseignement, son expérience professionnelle et son engagement dans la gestion de la chose publique, le Professeur Nyembo Shabani aura marqué plusieurs générations de cadres, d’étudiants, d’économistes et de dirigeants congolais.
Les titres disparaissent avec le temps. Les fonctions prennent fin. Mais ce que l’on transmet aux autres demeure.
Une mémoire nationale qui s’en va
La disparition du Professeur Jean Gualbert Nyembo Shabani doit également nous interpeller. À 89 ans, il appartenait à une génération qui avait connu plusieurs chapitres de l’histoire du Congo indépendant. Une génération qui avait vu les institutions naître, évoluer, traverser les crises et tenter de se réinventer.
Lorsqu’un homme de cette stature disparaît, ce n’est pas seulement une famille qui est endeuillée. C’est aussi une part de la mémoire nationale qui s’en va.
Et cette disparition nous rappelle une exigence essentielle : celle de préserver la mémoire de nos grands intellectuels, de nos anciens dirigeants et de tous ceux qui, par leur savoir et leur expérience, ont participé à la construction du pays.
Le Professeur Jean Gualbert Nyembo Shabani aura été successivement — et parfois simultanément — universitaire, économiste, dirigeant d’entreprise, ministre et banquier central.
Rarement un parcours professionnel aura autant illustré cette capacité à servir la Nation sous des formes différentes, avec une même constance : celle de mettre son expertise au service de la République.
Aujourd’hui, les institutions auxquelles il a appartenu, les étudiants qu’il a formés, les collaborateurs qui ont travaillé à ses côtés et les Congolais qui ont connu son parcours se souviennent d’un homme dont la vie fut intimement liée à l’histoire de l’État.
La mort vient de refermer une grande page, mais elle ne peut effacer une vie de service, de savoir et d’engagement. À sa famille, à ses proches, à ses anciens étudiants et collaborateurs, ainsi qu’à tous ceux qui pleurent aujourd’hui sa disparition, nous présentons nos condoléances les plus émues.
Philippe Dephill Lipo



