Chargement...

globalnewsrdc

En plein cœur de la République Démocratique du Congo, le sang et les ossements des personnes atteintes d’albinisme continuent de faire l’objet d’un commerce macabre. Entre agressions à domicile et profanations de tombes, la terreur est quotidienne pour cette communauté vulnérable, face à un système gangrené par la complicité et l’impunité.

Kindu : Le calvaire nocturne de Mariam Sakina

Dans la nuit du jeudi 18 au vendredi 19 juin 2026, à Kindu (chef-lieu de la province du Maniema), l’horreur a frappé à la porte de la famille de Sébastien Shako. Un commando de bandits armés a pris d’assaut la résidence familiale avec une cible précise et terrifiante : Mariam Sakina, une adolescente d’environ 15 ans, ciblée uniquement pour sa différence génétique.

Après avoir semé la panique et maîtrisé les occupants, les assaillants ont pillé les biens de valeur avant de commettre l’irréparable. Sous les yeux impuissants de ses proches, plongés dans la terreur, les criminels ont sorti des seringues — manifestement préparées à l’avance pour ce coup prémédité — et ont prélevé de force le sang de la jeune fille.

Si le chef du bloc Hewa Bora, Morisho Sadiki, confirme que Mariam n’a pas subi de viol rituel ni de mutilations physiques directes, le traumatisme psychologique n’en demeure pas moins indélébile. Une intervention rapide des forces de l’ordre a permis d’appréhender l’un des malfaiteurs, mais ses complices courent toujours dans la nature, emportant avec eux le sang d’une enfant innocente.

Lodja : À 7 ans, la profanation de sa dernière demeure

Quelques jours plus tôt, au centre du pays, dans la province du Sankuru, c’est le repos des défunts atteints d’albinisme qui a été violé. Au cimetière de Diengenga- Lohadi, dans le territoire de Lodja, quatre individus ont été surpris en pleine nuit alors qu’ils déterraient le corps d’un jeune garçon atteint d’albinisme, âgé d’à peine 7 ans.

Attirés par des lueurs suspectes, des habitants du quartier ont fait une découverte macabre : les profanateurs étaient en train de raboter les muscles de l’enfant pour en extraire et en vendre les os. Selon J.C. Lombe, agent de la direction provinciale de la santé, l’alerte de la population a permis à la police d’intervenir en flagrant délit.

Ce énième cas de trafic d’ossements humains démontre que, pour les réseaux criminels, la vie d’une personne atteinte d’albinisme n’a pas plus de valeur morte que vive.

Le poids des croyances ancestrales et de la fétichisation

Sur le continent africain et particulièrement en RDC, le maraboutisme et la fétichisation continuent d’alimenter un marché noir mystique. Le sang, les organes et les os des personnes atteintes d’albinisme sont traqués, vendus et achetés au prix fort. Selon ces croyances obscurantistes, ils porteraient en eux des vertus de richesse, de bonheur et d’élévation sociale. Une folie humaine qui transforme des êtres humains en proies.
Une complicité au plus haut niveau : Le cri du cœur des activistes

Pourquoi ces crimes se répètent-ils à l’infini ? Pourquoi la RDC reste-t-elle le théâtre de ces rituels barbares sans qu’une réponse étatique forte ne vienne y mettre un terme ?
Interrogé sur la situation sécuritaire au Sankuru,

Pierre (prénom d’emprunt), un activiste des droits de l’homme et membre de la communauté des personnes atteintes d’albinisme, brise l’omertà et pointe directement du doigt la responsabilité des institutions : « Les sacrifices rituels sont une dure et terrifiante réalité sociale ici. Mais le plus révoltant, c’est que certaines autorités municipales participent activement à ces crimes. Moyennant des commissions financières, elles ferment les yeux, protègent ou facilitent ces actes. »

C’est là que réside le véritable nœud du problème. Ce trafic abominable est une réalité brûlante d’actualité, mais elle reste tragiquement sous-documentée. Les exécutants opèrent parfois à visage découvert, sûrs de leur impunité, tandis que les commanditaires — les véritables cerveaux qui achètent ce sang et ces os pour asseoir leur pouvoir ou leur fortune — restent terrés dans l’ombre, protégés par leur statut ou leurs richesses.

Exigence de justice : Briser le cycle de l’impunité

Il est temps que l’État congolais se réveille. La justice ne peut plus se contenter d’arrestations sporadiques d’ exécutants de seconde zone. Pour dissuader de futurs criminels, il faut des sanctions exemplaires, publiques et historiques.

Nous dénonçons avec la plus grande fermeté : La passivité et la complicité des autorités locales et municipales qui monnayent la vie de leurs concitoyens.
Le manque de protection policière et judiciaire autour des familles et des cimetières où reposent les personnes atteintes d’albinisme.
L’absence de documentation officielle et de structures de prise en charge pour les survivants de ces agressions rituelles.

Mariam Sakina et le petit enfant de Lodja méritent justice. La communauté des personnes atteintes d’albinisme en République Démocratique du Congo ne demande pas une faveur : elle réclame son droit le plus fondamental, celui à la vie et à la sécurité. Les commanditaires et leurs complices doivent être traqués, jugés et condamnés. Le silence est une complicité.

Philippe Dephill Lipo

Please follow and like us:
Pin Share