L’annonce de l’arrivée des migrants en provenance des États-Unis d’Amérique soulève une vive controverse en RDC. D’un côté, Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, rassure que cette situation serait temporaire, sans coût pour le trésor public congolais, et résulterait d’une décision pleinement souveraine. De l’autre, des questions subsistent sur les dessous de cette décision, tant du côté de la société civile que de l’opposition politique. Pourquoi la RDC rejoint-elle aujourd’hui d’autres pays africains qui avaient répondu favorablement à la demande américaine ?
L’arrivée des migrants expulsés des États-Unis s’inscrit dans la dynamique du rapprochement entre Kinshasa et Washington. Depuis décembre 2025, les deux pays sont liés par un accord de partenariat stratégique autour notamment des minerais critiques. En février de cette année, ce rapprochement s’est étendu dans le secteur de la santé avec un protocole d’accord de 1,2 milliards de dollars américains, avec des clauses portant notamment sur le transfert aux États-Unis des échantillons biologiques d’un certain nombre des maladies enregistrées en RDC. Au Kenya, une offre similaire de 1,6 milliards de dollars américains a été suspendue par la haute Cour de ce pays.
Au regard du contexte de la guerre qui sévit en RDC depuis 2021, le gouvernement congolais semble considérer que tout accord avec les États-Unis est bon à prendre. L’objectif est d’obtenir le soutien de cette grande puissance pour le retrait de l’armée rwandaise et la pacification de l’est du pays. Le sort des réfugiés aux États-Unis devient ainsi une autre matière de compétition entre la RDC et le Rwanda. Kigali était d’ailleurs le premier à manifester son intérêt en août 2025, après l’échec de son partenariat avec Londres, toujours au sujet des réfugiés.
Au-delà de l’intérêt géopolitique que présente l’accueil des réfugiés par Kinshasa, deux observations méritent une attention particulière. Premièrement, l’opacité de cet accord qui alimente des suspicions. Jusqu’au moment où le porte-parole du gouvernement l’a annoncé, il n’avait pas fait l’objet d’un débat au parlement. Combien de réfugiés la RDC va-t-elle accueillir ? De quelles nationalités sont-ils ? Combien de temps passeront-ils en RDC ? Où seront-ils installés ? Seront-ils dans un cercle fermé ? Combien la RDC va-t-elle gagner ? Une partie de ces questionnements est d’ailleurs reprise dans la question orale avec débat, adressée à la ministre des Affaires étrangères par le député national Christian Mwando.
Deuxièmement, le pays dispose lui-même des citoyens en situation de refuge, y compris aux États-Unis où ils ne sont pas non plus épargnés de ces expulsions. En RDC et dans les pays limitrophes, les déplacés de guerre et les réfugiés congolais vivent dans des conditions extrêmes. Leur survie dépend des interventions du Haut commissariat des réfugiés, du Programme alimentaire mondial et des ONG internationales. La charité bien ordonnée commence par soi-même, dit-on. Dernièrement, les sinistrés des pluies diluviennes à Kinshasa, installés au Stade Tata Raphaël et dans d’autres sites n’ont pas bénéficié de l’assistance attendue. Nombreux d’entre eux n’ont pas supporté les conditions dans lesquelles ils étaient logées. Si les réfugiés du pays de l’Oncle Sam sont accueillis dans des conditions adéquates, cela risque de donner l’impression que l’État refuse de faire mieux pour ses propres citoyens.
Au bout du compte, il faut aussi critiquer la politique migratoire américaine qui semble s’attaquer aux conséquences plutôt qu’aux causes . Les réfugiés congolais et d’autres pays considérés comme persona non grata aux États-Unis se sont lancés dans cette aventure à cause de la pauvreté, du chômage, d’un environnement politique et économique hostile dans leurs pays d’origine. L’administration Trump ferait mieux d’exercer une pression sur les dirigeants concernés pour améliorer la gouvernance et limiter ainsi les effectifs de demandeurs d’asile.
GEC



