Même en une seule phrase, l’émotion est grande. La province de l’Ituri semble transformée en un mouroir pendant ce mois de juillet. La population civile, principale cible, ne sait plus à quel saint se vouer.
Si l’espoir était de voir le régime de l’état de siège éradiquer les groupes armés et stopper les massacres de la population iturienne, cette pensée n’était qu’une fiction, un simple vent vendu au public. En l’espace d’un mois, le nombre de morts est difficile à comptabiliser, que ce soit à Djugu, à Bunia ou à Komanda.
Lorsque les groupes armés locaux pillent les églises et les biens avant de tuer — même cette population pauvre, victime innocente — tout cela se passe sous l’œil impuissant des autorités de l’état de siège. À Bunia, ce sont les jeeps des forces de sécurité qui renversent et ôtent la vie à des citoyens. Les cas récents en témoignent : samedi soir, deux personnes ont perdu la vie, percutées par une jeep des forces de sécurité ; le dimanche, un taximan a subi le même sort près du poste de la police des frontières, sans qu’aucune mesure ne soit prise contre les responsables.
Les cœurs et les âmes saignent à Djugu, tout comme à Bunia et à Komanda, dans le territoire d’Irumu. Le carnage n’a épargné personne. Et ce, malgré la présence des forces onusiennes et des FARDC dans cette partie de la province. Les fidèles catholiques, rassemblés pour une veillée, ont été tués en plein centre de Komanda par les terroristes des ADF, dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 juillet, sans aucune intervention militaire ni de l’état de siège, ni de la Monusco.
Par ailleurs, chaque jour qui passe accentue les divergences sur l’efficacité de l’État. Selon certaines sources, le nombre de personnes tuées pendant ce régime spécial dépasserait celui enregistré sous le régime civil. Une réalité qui révolte la conscience collective, semant colère et indignation parmi les communautés locales.
La question qui se pose est la suivante : jusqu’à quand le robinet du sang restera-t-il ouvert en Ituri ?
Seul le temps nous en dira plus.
Patrick Ndibu Van



