Les grands esprits se souviendront sans doute de la journée du 16 février 1992, une date restée comme une encre indélébile dans la mémoire des fidèles catholiques. Ce jour-là, en réponse à l’appel de l’Association catholique laïque, ils étaient descendus dans la rue pour réclamer la réouverture de la Conférence nationale souveraine, fermée par le Premier ministre Nguz-A-Karl-I-Bond.
Réunis dans une marche dite Marche de l’Espoir, les fidèles catholiques, accompagnés de nombreux autres citoyens, exigeaient du président Mobutu et de son Premier ministre la reprise des activités de la CNS. Cette dernière avait été suspendue pour des raisons de coût et en raison d’une supposée surreprésentation du peuple kasaïen.
Malgré l’interdiction de cette marche par les autorités, les fidèles avaient bravé la peur et investi les rues. La répression fut brutale : plusieurs manifestants furent tués, poursuivis jusque dans différentes paroisses par les forces de l’ordre.
Trente-trois ans après, le sang des chrétiens n’a pas cessé de couler. Rien ne semble acquis dans la lutte pour laquelle ces milliers de fidèles avaient donné leur vie. Le pays est loin d’avoir tiré les leçons du passé, et la classe politique congolaise est restée inchangée. Loin de récompenser le sacrifice des martyrs, elle continue d’être témoin du sang versé, si ce n’est à Kinshasa, alors dans d’autres villes comme Bukavu, Goma et ailleurs, où les citoyens réclament cette fois la paix et la liberté.
Pour rappel, les chrétiens s’étaient de nouveau réunis le 16 février 2018 à Kinshasa pour une marche pacifique, visant à réclamer la tenue des élections présidentielles et législatives prévues pour décembre de la même année.
Face à cette tragédie qui se perpétue, une question demeure : à quand l’arrêt de cette hémorragie et à qui profite-t-elle ?
Patrick Ndibu Van



